Un nouveau projet Culture et Santé à l’Institut Bergonié

Depuis 2003, l’Institut Bergonié a ouvert ses portes à la création artistique. Ce choix politique correspond à une conviction : l’existence d’une interaction entre l’art et la santé.
L’Unité Culture et Santé a en charge le pilotage du projet dans le cadre de la Politique Publique Culture et Santé, portée par le Ministère de la Culture et le Secrétariat d’État à la Santé.
En 2018, sous l’égide de la Direction de la Communication – Affaires Générales, un nouveau projet a émergé dans cet espace-temps de réorganisation de l’Institut.
Les transformations de Bergonié ont joué un rôle dans bien des domaines et révélé également des besoins nouveaux des patients dans leurs relations avec les professionnels mais également dans leurs chemins de vie dans la maladie. Des problématiques d’aménagement du cadre de vie hospitalier, essentiel pour un mieux-être, sont apparues.
A partir d’un diagnostic conçu par Arnaud Théval, artiste, le Collectif d’architectes Cancan et l’Unité Culture et Santé, une proposition innovante sur l’aménagement de certains espaces dans l’établissement a vu le jour. Cette proposition artistique permettra d’appréhender les usages d’un lieu, sa dimension sociétale, fonctionnelle et symbolique. Elle souhaite favoriser l’émergence d’une nouvelle image de la structure dans sa relation de soin afin qu’elle soit plus hospitalière, renforçant l’orientation du patient et des accompagnants et améliorer des espaces et des temps vécus à l’hôpital. Une complicité entre le monde de l’art, de l’architecture et du soin, pour mettre en valeur le bien commun architectural existant, en le reliant à son avenir (Nouveau Pôle chirurgical et interventionnel Josy Reiffers).
La question de l’espace hospitalier devient un enjeu pour une hospitalité digne, respectueuse autant des droits mais aussi des rythmes des personnes en séjour à l’hôpital. Garantir la confidentialité et l’intimité de lieux, leur accessibilité, la liberté de les emprunter… : cette réflexion a mobilisé autant la Direction de l’hôpital que l’Unité C&S.
Un Centre comme l’Institut Bergonié se pose ces questions : il s’inscrit de manière modeste mais constante, dans cette responsabilité du construire, avec tous les acteurs, de nouvelles manières du vivre ensemble dans les moments forts de la vie et dans un espace commun qu’est l’hôpital.

Le projet : Le chemin de sa personne : une hospitalité lumineuse par Arnaud Théval et CANCAN.
« Une fois passé le sas d’orientation du nouveau bâtiment PJR1, ile patient et ses proches se trouvent confrontés à cette peur terriblement humaine, celle de la bataille qui s’engage. Constitué de ce qu’il est, de sa culture, de sa croyance, il fait face à une sourde inquiétude. Le patient s’engage alors, dans une ville aux contours accidentés, dans un réseau de circulations et de passages dont il est possible qu’ils produisent une légère impression de désorientation.
Le chemin de sa personne est une proposition artistique et architecturale cherchant à instaurer une forme d’orientation, qui, connectée à celles de la communication, crée un point d’appui visuel et fonctionnel. En requalifiant le centre de l’Institut à partir de ses passages abrités, il s’agit de construire cette nouvelle intimité au cœur de l’histoire même du projet hospitalier. Elle invite à se repérer autour d’une place centrale, facilitant les circulations à la fois géographiquement mais également humainement. Axé autour de l’ERI2, le projet rayonne et distribue les axes de circulation en prenant soin de rendre moins austère les coursives, en travaillant les passages entre les différents moments de vie, en ralentissant l’urgence. Il prend en charge les axes allant à la salle de recueillement, au dépositoire et celui allant de l’ERI au bâtiment de l’hospitalisation. En somme, cette proposition invente un repère symbolique. Une place à partir de laquelle l’intimité des patients est assumée et qui les connecte à l’histoire des autres patients de Bergonié, à celle des bénévoles et les accompagne de façon apaisée vers tous les moments de vie hospitalière».

Ce travail, qui va se déployer sur 2019 et 2020, souhaite développer des impacts durables en créant :
une œuvre au cœur du projet institutionnel ;
un accueil des besoins des patients et des accompagnants vers des espaces ressources et d’informations de l’hôpital ;
 une communication informative adaptée ;
 une ergonomie de l’espace hospitalier reliant les différents quartiers hospitaliers.

Nous postulons là à une égalité de dignité et de droits entre les passants : ceux qui viennent pour un soin sur des temps variables mais aussi ceux qui viennent régulièrement car ils y travaillent. Autant les uns que les autres aspirent à un environnement adapté de qualité.
Développer donc à l’hôpital une politique de l’hospitalité oblige : oblige à penser à des passages, des contacts libres et diversifiés, des retraits, dans le respect de l’expression de chacun.

Pour faire ce travail, il est important de mettre en œuvre des espaces et des temps de réflexion avec l’ensemble de la communauté hospitalière, pour stimuler le débat démocratique essentiel pour la définition de l’hôpital. C’est pourquoi, les modalités d’actions consistent à accueillir artistes et architectes au cœur des lieux de soins, par des dispositifs susceptibles d’impliquer les usagers, les professionnels, les associations et autres acteurs internes et externes.
Ces moments esthétiques et politiques dans l’espace public de l’hôpital constituent en soi une matière pour la conception du projet. Dans le même temps de ce dispositif in progress, la conception d’une œuvre artistique va voir le jour.
Après quinze années d’expériences, plus d’une centaine de projets pour nous faire voir les choses autrement, avec sensibilité et conviction, ici la pensée politique d’une forme d’art et d’architecture agitent des questionnements essentiels à l’hôpital pour co-envisager de nouvelles attitudes hospitalières par les usagers de ces lieux.
Nous faisons ici l’hypothèse qu’un environnement inventé ensemble, adapté aux différents usages et besoins, peut participer à la prise en charge globale de l’individu. Cette recherche va permettre de définir les contours d’une demande de l’hôpital : comment, grâce à la force de l’art, être plus questionnant, sensible, poétique et opérant sur l’accueil et l’hospitalité et être au plus près des réalités humaines des patients, des proches et aussi du personnel.

1 PJR : Pôle chirurgical et interventionnel Josy Reiffers
2 ERI : Espace de Rencontres et d’Information est un concept précurseur en cancérologie qui a été créé à la demande des malades eux-mêmes. La Ligue Nationale contre le cancer et SANOFI en sont les partenaires historiques.

Crédit images: ©Arnaud Théval

 Laura Innocenti – Unité Culture et Santé / Institut Bergonié