PPP 3

Institut Bergonié, Jeudi 22 Novembre. Il est 12h et j’arrive tout juste à l’hôpital. Comme à mon habitude, j’entre côté Cours de l’Argonne. Je traverse le parking et m’engage dans le couloir qui mène jusqu’au jardin central – ou plutôt chantier central à l’heure d’aujourd’hui.
Là encore, et pour une troisième fois, je crois que le hasard me mène vers la nouvelle installation artistique d’Arnaud Théval et les architectes CANCAN. Une énorme bulle gonflable, de forme plutôt cylindrique, vient s’imposer dans l’espace. Sous la pergola, elle l’englobe en sa totalité. Le lieu est bouleversé, renversé. Je m’approche.
Depuis l’extérieur, le dispositif donne accès à l’intérieur. Jeu d’opposition plutôt amusant, mais surtout intéressant et attrayant. Je m’explique. Je pense tout de suite à un système de vidéo-projection. La bulle, faite d’une certaine matière que je ne saurai nommer, laisse entrevoir une transparence que je qualifierai d’opaque. Elle est quasiment de couleur blanche. Ce textile permet donc d’accueillir la projection d’image. Ici en l’occurence une vidéo. Sur fond blanc apparaissent trois silhouettes. Deux debout, une assise, mais les trois en mouvement. Je vois aussi trois chaises, formant un arc de cercle, au centre desquelles est disposé ce qui semble être une pierre. Un gros cailloux. Surprenante idée.
La précision de l’image est malheureusement nettement atténuée au vu de l’intense lumière extérieure. Néanmoins, entrant dans l’hôpital il est impossible de ne pas remarquer l’installation.
Quelqu’un sort de la bulle. Pas manqué, il s’agit bien d’Arnaud Théval comme je l’avais supposé. Je m’avance pour le saluer et celui-ci m’invite à entrer un instant. J’accepte par curiosité.
Je passe la porte et peu à peu je me sens comme tout à fait coupée de l’extérieur. Pourtant dans l’hôpital, je me sens hors de l’Institut. Je procède à une brève analyse visuelle du lieu. Il y a des projecteurs, un ordinateur, une petite webcam et tel que je l’avais vu de l’extérieur, un semblant de petit salon qui invite à la discussion. Voici la mise en oeuvre d’une vidéo-projection en instantanée. Ce qui se passe à l’intérieur de la bulle est filmé et retransmit en direct sur l’extérieur. Mais que se passe-t-il dans cet espace?
Toujours dans une même dynamique, semblable aux deux actions précédentes, il s’agit d’échanger. Cette fois-ci ce ne sont pas les professionnels qui sont privilégiés mais plutôt les patients et leurs proches. Ils sont invités à venir ralentir le temps, à se poser un court instant. L’échange, comme à chaque fois, est au coeur du dispositif et le lieu y est tout à fait propice, entre, et en même temps hors les murs de Bergonié.
« Qu’est-ce que vous laisseriez de vous à l’Institut? » Autrement dit, nous sommes invités à aller puiser au fond de nos poches ce petit objet qui n’est habituellement jamais dévoilé. Ce n’est pas évident de se livrer à ce sujet, le patient est poussé à donner une part de son intimité.
Toujours attisée par ma curiosité, je demande à me saisir des notes recueillis par les artistes. Je me plonge dans une longue lecture, totalement absorbée par les paroles ressortissantes. L’espace donne lieu à des échanges, plus ou moins personnels. Certains esquivent quelque peu le sujet, ils font des détours. D’autres, en confiance je suppose: s’abandonnent. Un objet, une carte postale, ou alors des mots, des conseils aussi, la matière qui émerge est tout à fait hétéroclite, mais intéressante car elle est toujours accompagnée d’un « pourquoi » qui fait sens. De ma position d’observatrice, comme à mon habitude je ne dirai rien, j’observe et me retire discrètement de la bulle.
L’installation constitue la troisième et dernière action de ce travail artistique: une performance poétique politique et performative.

Crédit visuels: ©Arnaud Théval

Marine Gautrat