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De passage à l’Institut Bergonié ce Mercredi 17 octobre, une curieuse installation située au centre de l’hôpital retient mon attention. Trois personnes sont présentes: deux hommes et une femme. Ils sont sous le préau. Lieu habituellement obscur, il est aujourd’hui emplit de luminosité grâce à un dispositif particulier: des projecteurs, une haute structure faite de toute pièce de papier irisé et une seconde, semblable à la première mais celle-ci beaucoup moins imposante. Un peut en retrait, de ma position j’observe leurs déplacements, autant ceux des objets que ceux des individus. Ils interpellent tous les passants: médecins, ambulanciers, patients. Ils les retiennent quelques instants. Certains plus longuement que d’autres mais l’échange reste plutôt rapide. Ils discutent, ils s’écoutent, ils rient, et curieusement ils écrivent aussi. Je me questionne un moment sur ce qu’ils sont entrain de faire puis décide enfin de m’approcher, pas trop près pour ne pas me faire repérer mais juste assez pour les entendre dialoguer. Là, je commence à comprendre. Une question se répète: « comment pensez-vous que nous pourrions améliorer cet espace? ».
Dans une dynamique de recherche de la place de la couleur au sein de l’hôpital, il semblerait que l’objectif vise à transformer ce passage. Les murs aujourd’hui recouverts de blanc et de gris tendent à être renouvelés pour laisser place à un nouvel espace coloré. On souhaite faire entendre la parole du personnel et des patients en instituant un système de vote. J’en déduis que l’action est d’ordre politique. J’adhère tout de suite à l’idée, moi aussi je veux faire entendre ma voix. Faire partie de l’ensemble et me sentir écoutée.
Je m’approche. Là je suis invitée à prendre cinq minutes de mon temps. J’accepte et m’assoie. Munies d’un nuancier, les artistes m’offrent un panel incalculable de couleurs. On discute teintes et coloris, matières et éclairages. L’imaginaire est suscité, les esprits s’agitent et les idées se précipitent. Tout comme la majorité, mon choix se porte sur l’image d’un « tout » bariolé. Un arc-en-ciel venant habiller l’hôpital. A mesure que je parle, on note sur une petite feuille de papier chacun de mes propos. Ils apparaissent désormais comme indélébiles. Ainsi conservés, je sais qu’ils vont compter. De manière symbolique, je dispose moi-même mon vote dans la petite structure de papier irisé, qui finalement se trouve être l’urne électorale de cette « mise en scène ». Après observation, réflexion et partage, je comprends qu’ici se déroule une performance artistique, qui se veut tout autant poétique que politique.

Crédit visuels: ©Arnaud Théval

Marine Gautrat